La grille s’ouvre dans un léger grincement, et l’on franchit un seuil invisible. Derrière soi, le bruit de la rue Poussin se dissout aussitôt, avalé par le silence. Devant, une allée pavée se déploie sous les tilleuls.

L’air est différent : plus doux, plus parfumé. Ici, Paris s’efface, et l’on croit entrer dans une peinture, un fragment hors du temps.
Les pas résonnent à peine sur les pavés. De part et d’autre, des portails élégants dissimulent des jardins où l’on devine des statues, des massifs taillés au cordeau, des pelouses d’un vert impeccable.

Le parfum des roses anciennes se mêle à celui des feuilles. On avance à pas mesurés, comme un invité discret, presque intrus.
Un habitué de la Villa le disait ainsi : « En franchissant la grille, on quitte le tumulte du monde. Le luxe ici n’est pas l’or ou le marbre, mais le silence. »

Elle alimente les fantasmes depuis plusieurs décennies. Rares sont ceux qui ont franchi les grilles de la Villa Montmorency, fascinante enclave nichée dans un quartier déjà privilégié.

Comment six hectares peuvent-ils concentrer une telle profusion ? Les volumes, l’architecture, les jardins préservés et, bien sûr, la fortune de leurs occupants font de la Villa Montmorency une oasis au cœur de Paris. Une oasis impénétrable : depuis la rue Poussin, le bâtiment en briques rouges des gardiens prolonge une grille monumentale.

Derrière, tout se filtre, tout s’observe. Jour et nuit, les équipes se relaient pour contrôler chaque entrée. Ici, aucune visite ne s’improvise : il faut s’annoncer, être attendu, et surtout validé.

Un habitué confiait que, sitôt le portail franchi, « l’air semble changer : plus léger, plus silencieux, comme si Paris restait à distance ».

Un règlement intérieur de trente pages régit cet univers secret. Les maisons ne peuvent descendre sous 150 m², ni s’élever au-delà de neuf mètres. Les façades doivent dialoguer entre elles avec harmonie, les portails briller d’un éclat sans faille, les arbres être taillés avec précision. Dans les allées bordées de tilleuls, le parfum discret des fleurs se mêle aux bruits étouffés des pas. Même la circulation obéit à la lenteur : 25 km/h, pas davantage.
Un visiteur émerveillé notait qu’« ici, même le silence semble codifié ».

L’histoire commence en 1852, lorsque les frères Pereire, fondateurs de la Compagnie du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, rachètent le terrain à la comtesse de Boufflers-Rouverel. Celle-ci y organisait des bals costumés où se croisaient académiciens et aventuriers, aux flambeaux qui éclairaient les arbres et faisaient scintiller les robes. La Villa prit alors la forme d’un croissant paisible, abritant une cinquantaine de demeures, bientôt doublées au fil du siècle.

Dans les années 1970, les célébrités s’installent et l’esprit des lieux se nuance : silence et éclat, rigueur et mondanité. Johnny Hallyday et Sylvie Vartan emménagent en 1978. Un soir, quelques accords de guitare résonnent le long des allées ; les voisins, intrigués, s’arrêtent pour écouter. Mais la copropriété rappelle vite que, même ici, la musique doit rester discrète.
Un résident se souvient : « Johnny saluait toujours d’un geste. Le mythe s’effaçait, il redevenait simplement un voisin. »

Peu à peu, d’autres noms se glissent derrière les grilles : Vincent Bolloré, Corinne Bouygues, Thierry Dassault, Alain Afflelou. En 2005, Xavier Niel s’installe, tandis que Carole Bouquet s’éloigne. Trois ans plus tard, Céline Dion et René Agnelli acquièrent un hôtel particulier. Les riverains évoquent encore la simplicité de la chanteuse, attentive jusqu’au parfum de ses massifs de roses, qu’elle craignait trop entêtants. Un jardinier raconte qu’elle lui offrait parfois un café, « comme si ce jardin était à partager ». À la Villa Montmorency, l’art de vivre se joue dans ces nuances.

Aujourd’hui, les ventes s’annoncent à voix basse, presque comme des secrets. En juillet 2021, une demeure du XIXe siècle, exposée plein sud, s’est ainsi échangée contre plus de sept millions d’euros. Derrière ses murs : moulures délicates, marbre veiné, jardin paysager où la lumière d’après-midi dessine des ombres mouvantes.

Un agent immobilier résumait l’essence du lieu d’une phrase : « Ici, l’essentiel n’est pas ce que l’on voit, mais ce que l’on ressent. On n’achète pas seulement des murs… on achète un murmure. »
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